Voix clonée par IA : vérifier que c'est bien votre proche
Une voix clonée par intelligence artificielle s'obtient avec quelques secondes d'enregistrement pris sur une vidéo publique. Au téléphone, elle annonce un accident, une garde à vue, un besoin d'argent immédiat. On ne l'entend pas : la seule vérification fiable ne passe pas par la voix, mais par ce que le vrai appelant est seul à savoir à cet instant, ses deux mots TrustWords.
Par Sébastien Secrecy · Mis à jour le
Comment se déroule une arnaque à la voix clonée ?
L'appel. Une voix familière, en larmes ou essoufflée : « Mamie, c'est moi, j'ai eu un accident. » Le numéro affiché est inconnu, ou usurpé pour ressembler au bon. Le prénom, c'est souvent vous qui le donnez en premier.
L'excuse. « J'ai le nez cassé », « je suis au commissariat », « on m'a pris mon téléphone » : l'excuse explique le timbre un peu différent et l'urgence. Puis on vous passe quelqu'un d'autre, un avocat, un policier, qui n'a plus à imiter personne.
Le verrouillage. « Ne raccroche pas », « n'en parle à personne, j'ai honte ». Le FBI a compté 893 millions de dollars de pertes liées à l'intelligence artificielle en 2025 ; les appels de détresse d'un faux proche en font partie.
Pourquoi on ne peut pas s'y fier à l'oreille
Trois secondes d'enregistrement suffisent aux outils actuels (étude McAfee « The Artificial Imposter », 2023), et la matière première est publique : un message vocal, une vidéo sur un réseau social, un extrait de visioconférence. Le seul indice qui restait, « sa voix est bizarre », est retourné en preuve de détresse par l'histoire de l'accident.
Une photo ou une vidéo ne prouvent pas davantage : elles se fabriquent aussi, y compris en direct.
Que faire pendant l'appel ?
- Ne donnez pas le prénom. Laissez parler : un imposteur adopte l'identité qu'on lui offre.
- Demandez ses deux mots TrustWords sans dire les vôtres. S'ils sont sur votre écran, c'est lui.
- Sinon, ne donnez rien, notez ce qu'il dit qu'il faut régler, et raccrochez vous-même.
- Rappelez votre proche sur son numéro enregistré, depuis votre téléphone, jamais sur celui de l'appel reçu.
- S'il dit être retenu ou menacé, raccrochez et appelez les secours : l'app affiche ceux de votre pays.
Ce que TrustWords change
Le FBI et la FTC recommandent un mot de code convenu en famille. TrustWords en est la version qui ne s'oublie pas et ne s'use pas : deux mots dérivés d'un secret partagé une fois, en face à face, renouvelés toutes les dix minutes sur les deux téléphones, jamais transmis. Une voix clonée n'y peut rien : elle ne sait pas ce que votre proche lit sur son écran.
Questions fréquentes
Un mot de passe familial suffit-il ?
C'est mieux que rien, et c'est ce que conseillent le FBI et la FTC. Mais un mot fixe s'oublie, se prononce une fois de trop devant la mauvaise personne, et ne change jamais. Des mots renouvelés toutes les dix minutes répondent au même besoin sans rien à retenir.
Et si la personne dit qu'elle n'a pas son téléphone ?
Alors elle ne peut pas vous donner ses deux mots, et vous ne pouvez pas vérifier : traitez l'appel comme non vérifié. Notez, raccrochez, rappelez son numéro enregistré. Un vrai proche comprendra ; c'est même le but.
La voix était vraiment la sienne, j'en suis sûr
C'est exactement ce que disent les victimes. La certitude à l'oreille n'est plus une preuve depuis 2023. Ce qui prouve, c'est ce qu'un imposteur ne peut pas avoir : les deux mots du moment, ou un rappel que vous passez vous-même.
Sources : FBI, Internet Crime Report 2025 ; FBI, The grandparent scam ; FCC ; étude McAfee « The Artificial Imposter », 2023.
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